La start-up vient de réussir son premier lancement et s’attaque au marché des petits satellites en orbite basse.

Elon Musk a-t-il un alter ego en Chine ? Pendant que le fondateur de SpaceX multiplie les innovations, encore récemment avec le premier vol d’un Falcon 9 (block 5) qui serait réutilisable jusqu’à cent fois, l’industrie spatiale privée chinoise avance à pas de géant. Le 17 mai, OneSpace a réussi le lancement de la première fusée commerciale privée chinoise. Elle a décollé depuis un pas de tir dans le nord-ouest du pays, et a réalisé une brève incursion dans l’espace, à plus de 270 km d’altitude.
Un premier test grandeur nature pour la start-up qui veut développer une gamme de lanceurs, baptisée OS-X. OneSpace prévoit d’en construire une vingtaine d’ici à 2020. Ils pourront placer, à 800 km de la Terre, en orbite basse, des petits satellites pesant jusqu’à 100 kg. «Nous voulons être la plus grande société de petites fusées destinées au marché des satellites», a déclaré Shu Chang, le fondateur de la start-up née en 2015 à Pékin. Mais OneSpace n’en restera pas là. Elle ambitionne de concurrencer SpaceX et ArianeGroup. «À terme, nous développerons aussi des lanceurs capables de concurrencer les autres sociétés spatiales mondiales», assure-t-il. «OneSpace se trouve aujourd’hui dans la situation de SpaceX au début des années 2000», ajoute-t-il, en remarquant que «comme SpaceX, elle suscite des doutes». Mais le gotha du spatial a appris après le formidable essor de SpaceX, devenu leader mondial, en 2017, quinze ans seulement après sa création, à ne plus sous-estimer les nouveaux venus.

Superpuissance spatiale

Pour le moment, la jeune société chinoise ne peut prétendre rivaliser avec Ariane ou le Falcon 9 (qui est de surcroît réutilisable), capables d’effectuer toutes les missions sur toutes les orbites. Mais l’ambition est là, soutenue par les plus hautes autorités. Dès son arrivée au pouvoir en 2012, le président Xi Jinping a déclaré vouloir faire de la Chine «une superpuissance spatiale». Parmi les objectifs affichés, avoir des taïkonautes en permanence dans l’espace dans une nouvelle station spatiale d’ici à 2022 et favoriser l’émergence d’acteurs privés capables de devenir des licornes du New Space. Déjà, une vingtaine de start-up spécialisées dans les petits satellites ont été créées.
À l’instar de SpaceX, qui est soutenu par la Nasa, OneSpace bénéficie de l’aide de l’État chinois. En 2017, la jeune pousse a signé un accord avec le groupe public Chongqing Liangjiang Aviation Industry afin de construire un centre de recherche et de fabrication conjoint à Chongqing, dans le sud de la Chine.
OneSpace n’est pas la seule société privée à se lancer. Elle fait face à deux autres start-up, LinkSpace et LandSpace, qui, elles aussi, visent le marché des petits satellites. Créée en 2014, la première travaille sur le premier micro-lanceur réutilisable chinois, baptisé New Line 1. Ses trois démonstrateurs technologiques ont déjà réalisé 200 vols en suspension. Selon un calendrier rendu public en 2017, LinkSpace vise un premier vol suborbital fin 2018 et un premier lancement dans l’espace, avec retour sur Terre, en 2020. De son côté, LandSpace, basé à Pékin, a fait ses premiers pas, sous l’égide de l’université de Tsinghua avant de devenir privée en 2017. Elle développe un lanceur qui décollera d’un gros camion pour placer en orbite basse des petits satellites. Elle a signé un premier contrat avec le fabricant scandinave de nano-satellites GomSpace, en janvier 2017. Le tir est prévu cette année.

Source : Le Figaro